jeudi 15 janvier 2015

Il est 9h depuis vendredi dernier

8h55 plutôt.
C'est l'heure affichée sur l'horloge de la cuisine chez mes parents.
D'après Mère Denis, elle s'est arrêtée vendredi matin. Ils ont essayé de la remettre à l'heure, on sait jamais, si juste elle avait besoin qu'on s’intéresse à elle, mais non.  La pendule "chant des oiseaux" insupportable - cadeau de Noel d'il y a au moins 5/6 ans - n'est pas caractérielle, non, la pile est juste morte.
Rien de bien palpitant, rien d'anormal, rien de transcendant vous allez me dire; on ouvre le tiroir fourre-tout, on prend une pile AA 15 volt, on se nique les doigts en sortant l'usagée du boitier, on met la neuve, et c'est bon, la mésange fera cuicui à 13h, le coucou à 18h.
Oui mais non.
Pas avec mes parents.
Il est 9h depuis vendredi dernier, et je suis prête à parier qu'il va être 9h pendant au moins 1 semaine, jusqu'à ce que je vienne les voir et que je change moi-même cette foutue pile.
J'entends déjà Père Dodu " Oh ça va Pauline, détends toi, y'a pas mort d'homme, et elle est à l'heure au moins 2 fois par jour!! haha! " (Ndlr :Je tiens mon humour perçant de mon père)

Je vous vois venir, vous vous dites que c'est pas si terrible, qu'en effet y'a pas mort d'homme, que ce n'est qu'une pile. Mais si j'en fais un article c'est que ça ne s’arrête pas là les enfants. PAS DU TOUT. Comme dirait Jack Dawson, ce n'est que la face visible de l'Iceberg.

Petit Inventaire des habitudes de  la si unique famille Martichou.

Pour ceux qui connaissent mes parents, vous savez sans doute que chez eux c'est un peu l'Arche de Noé version Hello Kitty. C'est à dire que Mère Denis, elle décèle une sorte de souffrance chez les chats qu'elle rencontre, et se dit que franchement, celui là, le petit gris tout mignon, il coulerait des jours plus heureux à la maison!! ( Quoi? Sa fille est allergique? Ah bon?)  Bon heureusement pour nous, un peu moins heureusement pour eux, y'a de la régulation plus ou moins naturelle. Ces nombreux chats  sont soumis à la loi de la jungle, ou plutôt de la campagne périgourdine, à savoir, les voisins qui leur foutent un coup de carabine à plombs, les accidents de voitures et la mort aux rats.
Bref, ce qui nous fait un plateau tournant d'environ 3 chats quotidiennement. Parmi eux je vous le donne en mille, une femelle (qui ne décède jamais elle, bien sûr) et qui fait environ 45 enfants par an. C'est la galère à chaque fois, pour les trouver (ça a de la ressource une chatte maternitante qui ne veut pas qu'on touche au fruit de ses entrailles), pour les apprivoiser, pour empêcher Père Dodu de les tuer, et pour les CASER.
Pour éviter tout ça, une famille normale emmènerait la chatte effarouchée chez le véto pour lui couper l'envie (et le moyen) de se reproduire et bim on n'en parle plus. Et ben pas chez nous!! "Oh mais t'imagines, on la fait stériliser, on dépense 100 balles, et le lendemain elle passe sous la roue du camion poubelle? " ou alors " Ok on le fera, j'appellerai la semaine prochaine"... Je ne sais pas bien de quelle semaine il s'agit...car depuis toutes ces années, je pense qu'on a eu autant de chatons qu'il y a d'habitants au Brunei.


On pourrait imaginer qu'étant donné le fait que Mère Denis tient un salon de thé, il est aisé de pouvoir se délecter d'un Earl Grey avec une pointe de lait, près du poêle à bois, un après-midi de Janvier. Penser cela, c'est se fourvoyer ! On y croit pourtant jusqu'au dernier moment, on regarde dans la boite à thé, on voit des cartons d'emballage, on met la bouilloire en route, on sort le petit carré de chocolat qui va bien, on remplit sa tasse d'eau chaude, on ouvre le carton d'emballage Twinnings et là, il n'y a rien. Ni dans celle d'à coté d'ailleurs. This is la spécialité de mes parents. Les boites-vides-alors-qu'on-croit-qu'elles-sont-pleines. Père Dodu, pour se défendre, dit " Mais c'est pour penser à en racheter".... Or c'est la thèse la plus pourrie de l'univers : comment penser à un truc alors que tu crois qu'il y en a encore.
Et je rajouterais à cela que ça peut durer très longtemps la pénurie vu que dans la famille Martichou, quand on fait les courses, on y va sans liste, au talent quoi...Donc obligatoirement, il manque environ 65% des articles au retour des dites courses.


Vous, chers lecteurs, vous avez de la famille, des mamies ou tantes, qui font souvent beaucoup trop à manger pendant les repas de famille, et qui du coup, alors que vous êtes sur le point de partir, vous proposent d'emporter les restes dans un tupperware pour le repas de demain midi. Je suis sûre que vous voyez de quoi je parle.
Et ben quand Grand Mère Feuillage (... désolée) fait trop à manger, elle hésite vraiment à nous en refiler. Non, ne vous méprenez pas, elle veut absolument faire plaisir à ses proches, mais elle s'y reprend  à 2 fois quand il s'agit de la ration pour mes parents. La raison? Oh, elle est simple. Elle sait qu'elle ne reverra jamais sa boite hermétique, comme les 45 précédentes à qui elle n'a jamais pu dire au revoir. Quand je suis présente, je vois dans les yeux de Grand Mère Feuillage qu'elle a étudié toutes les possibilités et qu'elle s'est dit qu'elle ne pouvait décemment pas leur refiler des restes dans un sac poubelle de salle de bain. Et le comble dans tout ça, c'est que, d'accord, mes parents oublient de les rendre, mais surtout, ces boites ne se trouvent pas chez nous non plus. Il y a une faille dans l'espace-temps que je rêve encore de découvrir, et peut être que j'y retrouverai aussi toutes mes chaussettes disparues dans les limbes de la machine à laver.


Il m'arrive de parler de mes amis à mes parents, normal.Bon, je ne raconte pas la vie de tout mon cercle social, il y a des personnages récurrents, normal. Cela va faire bientôt 10 ans que je leur parle d'"Aurélie et Anne-Sophie", mes amies du lycée. Ce sont donc deux prénoms (ok trois) que j'ai dû prononcer 1500 fois minimum. Elles ont rencontré mes parents plein de fois.  Quand je les cite ensemble, ça les aide, ils contextualisent assez rapidement. En revanche, si je parle d'une ou de l'autre, ils se regardent tous les deux en chien de faïence, genre "Mais de qui parle t- elle??". Non mais sérieusement? A chaque fois que je cite quelqu'un je dois refaire son CV car ils n'ont aucune idée de qui je parle. Ah par contre, Mère Denis connait les prénoms de tous les enfants du voisinage dans un rayon de 5km et Père Dodu ceux de tous les joueurs de la ligue anglaise de football. Je les remercie de s’intéresser autant à mes histoires! (Bon, j'exagère un peu car depuis quelque temps, ils savent que ça me met en colère quand ils ne retiennent pas les noms de mes amies, donc ils font des efforts pour suivre, ou du moins il font bien semblant. Et puis ça a quelques avantages, ils ne captent rien de ma vie privée, bon ok, c'est peut être parce qu'il n'y a pas grand chose à capter humpf.)


Les principes de délais, de coupons-réponse ou de cachets de la poste faisant foi sont totalement abstraits chez les Martichou. Ils ne répondent jamais à une invitation à l'heure, ils ne renvoient jamais les papiers importants dans les délais, et souvent parce qu'ils les ont perdus ( Mère Denis a je crois, demandé 4 fois un duplicata de son avis d'imposition 2013). Combien de fois, quand j’étais enfant, je me suis faite enguirlander par mes instits car le papier super important pour l'activité Sécurité Routière n’était pas signé dans mon carnet de liaison... J'ai d'ailleurs très tôt appris à imiter la signature de Père Dodu, pas du tout à des fins machiavéliques ou dissimulatrices (j'étais une excellent élève voyons...), juste parce que ceci rendait les choses beaucoup plus simples. 


Je pourrais continuer pendant des heures à vous raconter les travers de mes parents, mais je vais m’arrêter là.. d'abord parce que vous avez surement mieux à faire que de me lire, et ensuite car  je pense que vous avez saisi ou je voulais en venir. Pour Père Dodu et Mère Denis, rien n'est grave. Du moins, les tracas du quotidien n'en sont pas avec eux. Il y a déjà matière à s'inquiéter alors pas besoin d'en rajouter en se demandant si on a bien pensé à acheter les croquettes pour chats. 
C'est une philosophie de vie. 
Une philosophie qui je pense, électrise ma soeur, qui n'est pas du tout, mais alors PAS DU TOUT comme ça.
Moi, ça me fait rire. Sans doute parce que je suis un peu comme ça, BEAUCOUP comme ça, selon ma soeur...

Bref, mes parents sont attachiants. 
Comme beaucoup de parents non?
Non?
Vraiment pas?
Et merde....


Je me marre de mon montage. 


Pauline


Edit:Au regard des remarques que j'ai pu avoir, je voulais simplement rajouter que j'ai fait cet article, en aucun cas pour leur nuire. J'adore mes parents et je suis pleinement consciente qu'on a tous nos travers. J'ai juste trouvé que ça pouvait être rigolo de raconter leur quotidien, et de décrire ce qui les rend si relou voire chiants, mais surtout si uniques, si drôles et adorables.




lundi 3 novembre 2014

En fait, t'es pas vraiment infirmiere

Cette phrase; depuis que j'ai pris mon poste à l'IME, on me l'a dite des dizaines de fois. On me la dit encore environ une fois par mois.
Même prononcée par des personnes que j'aime énormément, qui sans doute ne se rendent pas compte de la violence de leur propos, j'ai toujours trouvé ça méchant, déshonorant, ou même insultant.
Au début, je pensais que ça me blessait du fait de la fraîcheur des 3 ans de souffrance psychologique qu'ont représenté l'IFSI (Souvenez vous).
J'ai toujours l'impression de devoir me justifier dans ma réponse, ou d'avouer à demi-mot qu'ils ont peut être raison, le tout avec une culpabilité palpable.
Aujourd'hui, ça fait 13 mois que je ne suis pas vraiment une infirmière. C'est le temps qu'il m'a fallu pour élaborer une réponse convenable à ces gens qui m'ont dit cette phrase.
(J'entends par convenable: autre chose que "je fais ce que je veux, connasse")
Allons-y.
Alors oui, je pourrais travailler dans un service hospitalier classique et commencer ma journée à 6h45. Me mettre en tenue dans le vestiaire où il fait 45°, prendre une feuille qui traîne et aller dans le bureau infirmier écouter les transmissions de  mes  collègues de nuit. Je prendrais connaissance des patients qui occupent les chambres qui sont sous ma responsabilité, découvrirais pourquoi ils sont là, combien de litres ils ont fait pipi etc. Ne pas voir la matinée passer, gérer 46 trucs en même temps, enchaîner les soins techniques, relationnels, les papiers, etc. Me faire malmener par les médecins, souffler, faire des doigts d'honneur mentaux. Voir enfin 14h arriver, rentrer chez moi, et m'effondrer sur mon canapé.
En effet, je serais vraiment une infirmière. Mais je détesterais mon boulot.

Donc, je suis infirmière en Institut Medico Educatif. C'est à dire dans un établissement qui accueille la journée des enfants ayant un handicap les empêchant de suivre une scolarité ordinaire.
Les enfants sont répartis dans différents services puis groupes, pour leur permettre d'avancer à leur rythme vers une vie qui ne s'annonce pas tendre avec eux. Pour cela, chaque groupe a un ou plusieurs ange gardien à sa tête (on en reparle plus loin).
Mon boulot n'a rien avoir avec l’hôpital, je soigne les maux, parfois avec des mots, d'autres fois avec des placebos, et encore d'autres fois avec du vrai Doliprane. Je mets des pansements, de la pommade, je fais des papiers, je me promène....
Ma journée commence à 9h00, elle se termine à 16h30, et en gros, entre les deux c'est un peu la fête foraine. Tous les jours. Vraiment.
 En effet, c'est assez difficile à imaginer mais je suis contente d'aller travailler environ 95% du temps. (En imaginant que les 5% restant correspondent au jour de mon anniversaire, aux jours où j'aimerais rester dans mon nouveau pyjama piloupilou Bambi et au jour où mes meilleures amies vont à la plage ENSEMBLE sans moi.)
Plusieurs choses contribuent à ce bonheur professionnel:

  • Les enfants. Ils sont 125...certains sont plus âgés que moi, d'autres font 1m de plus que moi, mais ce sont tous des enfants qui sans le vouloir ont compris que grandir c’était un peu de la merde . Ils me font rire, me font des câlins, me disent qu'ils m'aiment, se moquent de ma voix, me font des dessins, m'apportent le thé, cherchent un nouveau bobo à me montrer dès qu'ils me croisent, me racontent des truc que je ne comprends qu'à moitié et parfois souvent ils sont surexcités...mais y'a un truc qui ne s'explique pas qui se produit : je les kiffe tous. (Oui bon certains me font flipper mais je gère). Ils ont ce pouvoir si particulier de rendre mes journées ensoleillées, y compris celles du mois de novembre ou février. 

  • Les chefs. J'ai toujours eu un rapport assez particulier à l'autorité, oscillant entre l'admiration et l'envie de les serrer dans mes bras en leur disant "bon courage". Ici c'est un peu pareil mais en pire. Il y a 3 personnes que j'adule dans la direction. 2 que j'aimerais avoir en mères adoptives (une pour son humour, l'autre pour sa tendresse et les deux pour leur dressing...), et un que j'aimerais avoir en fils adoptif (pour son âme d'enfant). Je pourrais vous parler de leur immense talent pour manager une équipe mais je ne vais pas m'étaler car ça tombe sous le sens. 

  • Les collègues. Alors bien sûr, je vais parler ici de ceux que j'aime. Ils sont en grande majorité, mais comme partout, il y a du boulet dans le lot, voire du boulet de compétition mais bon, on essaye d'oublier et on espère qu'un jour ils se reconvertiront. 
    • La première catégorie sont les anges gardiens aka les éducs qui sont sur les groupes. En gros, ils se souffrent les enfants toute la journée, toute l'année, et parfois plusieurs années de suite.... Parce que moi, en vrai, j'ai une position plutôt confortable, je ne vois les enfants que quand j'ai envie de les voir, ou que quand ils ont un bobo... Eux, ils sont tout le temps avec eux, à les éduquer, surveiller, divertir, rassurer, ouvrir sur le monde, et plein d'autres verbes....mais n'oublions pas que même s'ils sont handicapés, ils sont toujours des enfants, donc toujours potentiellement RELOUS. Et encore je mets "potentiellement" pour être sympa .  Bref, ces collègues là, en plus de faire un travail remarquable sont des personnes qui m'ont réservé un accueil de ouf et avec qui aujourd'hui c'est un plaisir de travailler, pour leurs qualités professionnelles et humaines. 
    • Ensuite viennent les thérapeutes, l'assistante sociale,  les instits... Je pense pouvoir affirmer que je les admire tous, chacun dans leur spécialité. Ce sont tous d'excellents professionnels qui prennent soin des enfants, qu'on sent impliqués dans leurs tâches et qui donnent tout ce qu'ils peuvent pour rendre la vie des enfants plus douce ou plus facile. Certains sont un peu têtus, d'autres en retard, d'autres encore coupent la parole ou ne retiennent rien mais je leur pardonne car ils sont trop top.
Je pourrais faire des mentions spéciales à tous ces collègues qui ont conquis mon coeur tout mou mais je ne pense pas que ce soit l'endroit et puis en plus j'ai pas prévu de faire pleurer dans les chaumières tout de suite. Mais si jamais vous imaginez que vous êtes concernés, je vous aime putain!

Voilà.
J'écris cet article car dans moins de 4 semaines je vais devoir rendre mon tablier de "Pas vraiment infirmière". 
Cette première expérience professionnelle n'aurait , je pense, pas pu mieux se dérouler, et c'est grâce à tout ce que je dis plus haut.
Je vais quitter l'IME le cœur gros, des souvenirs plein la tête, et tout de même le sourire aux lèvres (car sinon ça ne serait pas vraiment moi)
Alors aujourd'hui, je m'en contrefous de ne pas être vraiment infirmière : j'adore mon boulot, et si je pouvais frotter la lampe d'Aladdin, sans aucune hésitation,  je demanderais en premier lieu, de rester 10 ans de plus à mon poste. 
(Et en 2eme, que Ryan Gosling laisse femme et enfant pour venir m'épouser). 
Pauline, en mode nianian