Hello mes petites perruches.
Ouais ça fait longtemps ouais.
Il faut Sachez que je
n'en suis pas très fière mais le P de Pauline (mon prénom pour les
nouveaux) c'est aussi le P de People pleaser. Autrement dit, deux
personnes m'ont dit «Paupau, tu devrais reprendre ton blog», je
suis abandonnique, mon sang n'a fait qu'un tour: si je ne le faisais
pas elles allaient me rayer de leur carte, alors me revoilà après 8
ans d'absence.
Du coup, pour reprendre en douceur, et par angoisse de la page blanche, j'ai réfléchi et j'ai choisi un sujet sur lequel je suis intarissable: mon taf.
Avec mon amie Em, on s'est chauffée début 2026 pour lancer un podcast sur le thème de la profession d’infirmière, mais finalement mon élocution hasardeuse, sa brillante carrière d'autrice et notre peur commune du flop monumental nous ont fait renoncer. Vous auriez pourtant rigolé je vous assure.
Alors, tout le challenge va être d'être explicite sans être précise parce que même si j'ai 150 idées de reconversion, me trouver sans emploi à 6 semaines de Noël ça ne me rendrait pas vraiment service ayant actuellement 71€49 sur mon compte en banque.
Donc, on en est à 13 ans d'infirmerie.
Dont quasi 11 dans l’hôpital public.
Et aujourd'hui, je ne vais pas vous parler éthique, dévotion, passion, cornette, pansement, échelon, roulement ou que sais-je encore.
Non, je vais vous parler des cadres de santé.
Trigger Warning: si votre mère, votre sœur, votre tonton, votre fils est cadre de santé, pardonnez moi d'avance; des propos ou des parallèles vont peut-être vous heurter
Si vous-même vous êtes cadre; pas grave, ça arrive. Moi-même à un moment donné, aveuglée par une promesse de tranquillité ou pouvoir ou salaire ou j'en sais rien, figurez-vous que j'ai pensé passer du côté obscur de la force.
Je remercie chaque jour le Bon Dieu pour m'avoir sortie cette idée de la tête.
Donc, pour ceux qui ne savent pas de quoi je cause.
Dans la profession qui est la mienne, il arrive que certains, après quelques années d'exercice, n'aient plus envie de voir des patients et préfèrent voir des trouducs en réunion toute la journée.
Une opportunité s'offre alors à eux, devenir le supérieur hiérarchique de toutes ces petites gens en blouse , en devenant cadre.
Cette formation appelée «L'école des Cadres» dure un an, et pourrait trouver son analogie dans la Franc Maçonnerie... (j'avais une autre réf un peu touchy mais j'ai peur du blâme, ou d'être fichée S...) personne ne sait vraiment ce qu'il s'y passe derrière les portes closes, mais les gens en ressortent métamorphosés.
Pour ceux qui ne connaissent pas la Franc Maçonnerie, pensez à Serpentard ; ça marche aussi.
Ayant une aversion pour l'inconnu, j'ai alors ressenti le besoin de contractualiser les cours que , selon moi, ces êtres innocents y reçoivent.
Module 1 : «A partir d'aujourd'hui, vous oubliez tout du métier d'infirmier»
C'est bien simple, c'est exactement comme cela que j'imagine que les élèves sont accueillis.
Et c'est sans doute la croyance la plus universelle sur ce diplôme.
Le brainwashing débute, adios tout le bagage émotionnel rattaché au métier. On doit leur demander de tirer un trait sur ce qu'ils ont vécu les années précédentes.
Ils sont dorénavant des managers, et les états d'âme de leurs agents, c'est pas ça qui fait bouillir la marmite.
Se questionner sur les prises en charge ? Réfléchir au bien être du patient ? penser le soin ? Abracadabra on oublie. On pense tableaux Excell, planning, formation, équité, représentation, partenariat, chiffres. On remet tout en cause, sauf soi même.
La verticalité, c'est plus seulement en cours de Yoga, c'est tous les jours de 9 à 17h.
Travailler 2 week-ends de suite? Oui bon c'est pas bien grave, il pleut de toute façon.
Faire 7 toilettes en 2h30? Est-ce qu'on a vraiment besoin d'aller dans les recoins de Gilbert de la 8 tous les jours?
Se faire pourrir par une famille? Les soignants ne l'auraient-ils par cherché?
Module 2: Prononcer sans honte la phrase «Vous savez, il y a pire ailleurs»
Ce n'est pas seulement une phrase, c'est la construction intégrale de leur système de management.
Faire allusion à autrui qui vit une situation identique ou pire, c'est leur totem d'immunité.
J'appelle ça le syndrome du petit africain. C'est en fait le sophisme de la pire misère.
« Ah oui tu ne veux pas manger tes petits pois Lidl ? Et ben tant pis tu n'auras rien, en Afrique les enfants ils meurent de faim. »
L'effet escompté, c'est que celui d'en face se taise, rongé par la culpabilité d'avoir osé se plaindre.
Ce que ça fait sur les soignants ? L'invalidation des ressentis, le nivellement par le bas, et finalement l'abandon par oubli de la lutte initiale.
Module 3 : Comment cirer les pompes tout en ayant les dents qui rayent le parquet.
Alors, j'imagine que c'est un TP en plusieurs heures.
Le prof binoclard en gilet doit leur formuler un truc comme ça: «La petite subtilité, c'est de faire croire au bas peuple qu'on affronte les hautes sphères de l’hôpital, alors qu'en fait on s'applique à leur lustrer les roubignoles.»
Très important de toujours faire croire aux agents que le cadre porte leur voix!
Mais attention, une fois devant le N+2, on s'incline, on fait les yeux de petits chats, et on écoute religieusement la même soupe qu'on a servi, avec un degré supplémentaire de démagogie.
Quand je parle du gratin, je parle des directeurs et administrateurs, et aussi des médecins.
Se faire bien voir, des deux côtés, tout en restant un peu creux au milieu quoi.
Dans ce cours là, on apprend aux futurs cadres à développer le syndrome du bon élève. Celui qui aura réussi à remplir des quotas, à cocher des cases aura un susucre, on s'en fiche si plus bas ça grince, le principal c'est que le jour du rapport, tout soit nickel.
Alors oui, OK, la lourdeur de l'institution les place dans une position inconfortable, entre le fameux marteau et la fameuse enclume, mais en fait, c'est 100 % de la politique : faire croire qu'on porte la voix du bas pour être aimé, tout en servant le haut pour être promu.
Module 4 :Ne jamais faire de vague tout en cultivant l'art de la poucave
Une fois qu'ils ont bien intégré les 3 premiers modules, ils sont fin prêts pour le clou du spectacle, le numéro de maître, la cerise sur le gâteau.
Comme un cadre a appris qu'il fallait qu'il soit bon élève pour se faire bien voir par les maîtres décideurs, il veut dans son équipe des petits canetons mignons qui ne bronchent pas trop, parce que sinon ça fait mauvais genre et l'opinion publique pourrait penser qu'ils ne sont finalement pas si bons.
Ô grand Dieu quelle miséricorde !
Bon la première étape qui évite bien des emmerdements et d'avoir la possibilité de CHOISIR qui qu'on veut dans sa team. Un peu comme dans The Voice, mais sans Nikos.
Recruter une âme tendre, un peu modeste d'esprit, c'est bien plus simple que de composer avec un petit Jack Russel cortiqué. C'est pas moi qui l'invente, je l'ai entendu de mon N+2.
«En recrutement on privilégie la personnalité aux compétences. Parce que les compétences ça s'apprend alors qu'on change rarement de personnalité» .
Au début j'ai cru que c'était une bonne chose, et puis en fait un jour en me brossant les dents je me suis arrêtée net et j'ai compris que c'était problématique.
En fait, il aurait pu dire « Tant pis si lui il est con comme un balai, tant qu'il est docile ».
Le problème, c'est que souvent, un nouveau cadre arrive dans une équipe déjà constituée. Et là, les vagues elles sont déjà un peu là généralement, douces mais ancrées, comme sur le lac Victoria. (Vous saviez qu'il y avait des vagues sur le lac Victoria ?)
Il faut alors apaiser les agneaux de la bergerie.
La technique est simple, on s'acoquine un minimum, on s'émeut du gosse de Sophie qui fait du haut-bois, on rigole des frasques du bouvier bernois d'Olivier, on raconte ses vacances à Essaouira tout en demandant à l'ASH si elle arrive à négocier, elle, au souk.
Car la vraie ruse du « on ne fait pas de vague », elle est là. En se mettant au niveau des agents, en prétextant faire partie des leurs, faire famille (oui oui je l'ai entendu #emojivomi) le cadre crée un sentiment de complicité factice. Comment tu veux pousser un coup de gueule ou débrayer face à un chef qui vient de te demander la bouche en cœur si ta voiture est réparée ? C'est la manœuvre parfaite : transformer la lutte des classes en une discussion de machine à café.
Une fois dans la bergerie, si le loup est trop emmerdé par les brebis qui bêlent, et qu'il n'a pas réussi à étouffer leur colère, il ne lui reste qu'une carte à jouer : la mouchardise.
C'est la dernière heure de cours de ces petits étudiants maintenant bien zélés.
Parfois, quand ils ne sont pas très bons en management, ils ne réussissent pas à éteindre le feu, ou à se sortir de l'ornière du favoritisme dans laquelle ils se sont fourrés tout seul.
Leur ultime cartouche ? Un bon vieux : « Je va le dire à la maîtresse ».
Le rapport prend l'ascenseur vers le cadre supérieur, pendant que la lutte légitime elle, se tape l'escalier. Résultat : Pas le temps d'arriver en haut, que la maîtresse descend gronder ses élèves comme s'ils avaient 4 ans.
Même méthode que celle du cadre (cf module 1,2,3) mais un peu plus aboutie, logique : la maîtresse a fait l'Ecole des cadres Sup...
Alors finalement, on préférerait pas Serpentard ?
Voilà.
Ne pensez pas que j'en ai actuellement gros sur la patate, je suis parfaitement apaisée parce que j'ai compris leur fonctionnement huilé.
Aussi j'ai connu 6 cadres dans ma vie, et évidemment que la personnalité de chacun a fait d'eux des managers différents, avec pour certains de grandes qualités humaines et organisationnelles.
L'astuce: se méfier de l'eau qui dort. On reste toujours sur ses gardes, et on se demande toujours où ils veulent en venir. Comme une partie d'échecs finalement, reste à savoir qui est le fou.
Allez bisou
Paupau qui risque son poste
